Comment utiliser concrètement le concept des limites planétaires ?

Les limites planétaires, qu’est ce que c’est ? Ce concept inventé par les chercheurs du Stockholm Resilience Center en 2009, sert à évaluer l’impact des activités humaines sur la planète.

  1. Les 9 limites planétaires

Pour cela, ils ont identifié 9 seuils à ne pas franchir, dans neuf domaines différents, pour que le système Terre reste stable, à savoir :

  • le changement climatique,

  • la dégradation de la biodiversité,

  • la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, 

  • le changement d’usage des sols (la mesure de la surface qu’occupent les forêts sur la Terre),

  • le cycle de l’eau douce,

  • l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère (plastiques, médicaments, pesticides, nanomatériaux, OGM…),

  • l’acidification des océans,

  • l’appauvrissement de la couche d’ozone,

  • l’augmentation de la présence d'aérosols (des particules fines en suspension dans l'air) dans l'atmosphère.

En Juin  2024, seules les 3 dernières limites de cette liste n’ont pas été franchies, et malheureusement, la limite concernant l’acidification des océans est sur le point d’être dépassée. 

Source  : Richardson et al., 2023

 

II. Adapter les limites planétaires à des échelles individuelles et équitables

Il est pertinent de chercher à capitaliser ce concept qui est complet et systémique.  On pourrait se demander comment rendre les limites planétaires utilisables à plus petite échelle : par exemple à l’échelle d’un pays ou d’une entreprise. 

Pour encourager l’action, il est crucial d’adapter le concept des limites planétaires à une échelle individuelle. Ce concept souligne des objectifs collectifs et macroéconomiques ce qui peut entraîner une absence d’action si la responsabilité n’est pas clairement attribuée. Le triangle de l’inaction illustre ce phénomène, où les citoyens, l’Etat et les entreprises se renvoient la responsabilité des initiatives écologiques, ce qui conduit à une inaction générale. Pour contrer cela, il est essentiel que des engagements individuels émanent de ce concept systémique. Par exemple, si un Etat ou une entreprise s’engage à respecter certaines limites, cela peut produire des résultats concrets. Microsoft a donné l’exemple en s’engageant à devenir "carbone négatif" d'ici 2030, en éliminant plus de carbone de l'atmosphère qu’elle n’en émet. Cela inclut des investissements dans des technologies de capture du carbone et des efforts pour réduire les émissions dans toute sa chaîne de valeur. Microsoft souhaite également compenser toutes ses émissions depuis sa création en 1975 d'ici 2050. 

De plus, il est important de veiller à une répartition équitable des ressources entre les individus, les entreprises et les gouvernements. Sans cette équité, certains groupes risquent de surexploiter les ressources, tandis que d’autres pourraient en manquer pour leurs besoins essentiels.     

III. Adapter les limites planétaires à différents domaines

Le concept des limites planétaires a été largement adopté au-delà du domaine scientifique, notamment dans le domaine politique. Il est par exemple intégré dans des publications du ministère de l’Environnement en France, ou encore dans le programme d'action général de l'Union Européenne pour l'environnement à horizon 2020. 

Ce concept a également été repris dans le domaine économique. La question que beaucoup de dirigeants et responsables RSE se posent : Comment adapter les limites planétaires à l’échelle des entreprises ?

La déclinaison des limites planétaires à l'échelle d'un acteur unique, notamment celui de l'entreprise, est encore exploratoire. Mais certains domaines, comme le changement climatique, ont des méthodes avancées, telles que le Science Based Targets : il permet de fixer un objectif à l'échelle d'une organisation et de déterminer une trajectoire à moyen ou long terme sur cette limite planétaire.

Il existe aujourd’hui deux approches pour adapter les limites planétaires à l'échelle d’une entreprise :

  • La réduction d’échelle : Cette approche adapte les limites planétaires de l'échelle globale à une échelle individuelle. Reprenons notre exemple : les Science Based Targets permettent de calculer un budget carbone à l'échelle d'une entreprise. Les chercheurs de l'université de Leeds ont également utilisé cette méthode pour transposer les limites planétaires à l'échelle d’un pays, ce qui a permis d'évaluer et de comparer la situation de chaque pays et de trouver des actions concrètes pour chaque limite planétaire. La même méthodologie peut être appliquée à une entreprise, un département, ou un métier, chaque employé devant considérer l’impact de ses missions quotidiennes sur les limites planétaires.

  • La mise à l’échelle : Cette approche compare quant à elle la performance environnementale d'un acteur à l'échelle de la planète. Par exemple, elle peut exprimer l'empreinte écologique d'un acteur en nombre de planètes nécessaires si tout le monde se comportait de la même manière. Cette méthode permet aux entreprises de se concentrer sur le collectif, de se positionner les unes par rapport aux autres et d'identifier les pratiques régénératives pour notre planète.


Pour en apprendre plus sur les limites planétaires, tu peux consulter notre micro-learning dédié au sujet.

Rédigé par Thomas Nassif

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