Le triangle de l'inaction : définir sa zone de responsabilité dans son métier pour dépasser le triangle de l'inaction
T'est-il déjà arrivé de te sentir dépassé face à l'ampleur des crises environnementales ? Ce mélange d'anxiété, d'impuissance et de confusion est un sentiment partagé par beaucoup. Mais pourquoi avons-nous tant de mal à agir, même lorsque l’urgence est indéniable ? Le triangle de l'inaction, concept qui met en lumière les mécanismes psychologiques et systémiques derrière cet immobilisme, peut nous apporter des réponses. Et surtout, il nous montre comment chacun peut trouver sa place pour agir de manière concrète.
Comprendre le triangle de l'inaction : pourquoi rien ne bouge (ou pas vite) ?
Le triangle de l'inaction illustre pourquoi, face à l'urgence écologique, les citoyens, les entreprises et les États peinent à s'engager pleinement. Il repose sur trois points interdépendants.
D'abord, la dissociation de responsabilité. Chacun a tendance à penser que l’action revient à d’autres : “Ce n’est pas à moi d’agir, d’autres s’en occuperont”. Par exemple, un citoyen peut estimer que les entreprises devraient modifier leurs pratiques, tandis qu’une entreprise attendra des régulations de l’État pour engager une transition. Ce renvoi de la responsabilité freine toute initiative.
Ensuite, il y a le sentiment d’inefficacité. Face à un problème aussi vaste que le changement climatique ou l’érosion de la biodiversité, il est facile de croire que les efforts individuels ne feront aucune différence. Des gestes quotidiens, comme économiser l’eau ou limiter sa consommation d’énergie, peuvent sembler dérisoires, ce qui décourage souvent de passer à l’action.
Enfin, les conflits d’intérêts ou de priorités aggravent la situation. Une entreprise peut par exemple hésiter à adopter des pratiques plus durables si elles risquent d’augmenter ses coûts ou de ralentir sa productivité. Au niveau citoyen, choisir un mode de vie respectueux de l’environnement peut parfois entrer en conflit avec des habitudes bien ancrées ou des impératifs financiers.
Ces trois éléments se renforcent mutuellement et entretiennent un cercle vicieux. Les citoyens attendent que les entreprises ou les États prennent les devants ; les entreprises demandent des régulations plus claires ; les gouvernements, eux, s’appuient sur une pression citoyenne qui reste trop souvent dispersée. Le résultat ? Un immobilisme collectif qui perdure.
Sortir du triangle : identifier sa zone de responsabilité
Pour dépasser cet immobilisme, une méthode efficace peut être de faire prendre conscience de la zone de responsabilité écologique de chacun.e - qu'il s'agisse d'un individu, d'une entreprise. Délimiter les zones d'impacts respectifs de chaque entité et de chaque individu dans ses différents rôles quotidiens (citoyens, salariés) est un levier clé qui est encore trop peu utilisé. Cela permet à chacun de mettre son énergie là où il est vraiment utile et de s'assurer que toutes les actions à mettre en œuvre seront bien prises en main par quelqu'un.
Prenons l’exemple d’une entreprise et des différentes zones d’action par métier. Pour faire sa part dans la transition écologique de l'organisation, la responsabilité d'un communicant est de sensibiliser et guider les choix de ses clients, et ce en adaptant son discours ou ses campagnes. Un gestionnaire de projet peut, lui, intégrer des critères environnementaux dans le choix des fournisseurs ou dans la conception des produits. De leur côté, les ressources humaines peuvent encourager des formations à la transition écologique, ou revoir les politiques de mobilité interne pour les rendre plus durables. Identifier ces zones de responsabilité permet de passer d’un sentiment d’impuissance à des actions ciblées et efficaces.
Une donnée clé pour illustrer cette répartition des responsabilités est issue de l’étude de Carbone 4 de 2019. Celle-ci indique qu'un "bon" citoyen peut réduire son empreinte carbone de 20%, alors que 75% de l'impact individuel repose sur notre pratique professionnellecollective, au sein des entreprises et des institutions publiques. Cela signifie que, au-delà des gestes du quotidien, la transformation des métiers et des pratiques professionnelles est indispensable pour atteindre les objectifs climatiques.
Transformer les freins en opportunités
Certaines entreprises ont déjà franchi ce cap. Nous avons remarqué que pour les entreprises de distribution, 60 à 90% de leur Bilan Carbone est lié aux produits qu'elles vendent. L'empreinte environnementale de ses produits se décident en grande partie au moment de leur conception. Les métiers de l'offre ont donc une responsabilité dans celle-ci, et par conséquent une zone d'impact non négligeable dans la transition de l'entreprise. Ainsi, sensibiliser et former ces métiers participe à dépasser le triangle d'inaction. Certaines entreprises ont déjà franchi ce cap. Chez Leroy Merlin, par exemple, les équipes qui ont suivi une formation en éco-conception ont réussi à devenir autonomes dans la création de produits durables, intégrant des critères environnementaux dès la phase de design, notamment à travers des Analyses du Cycle de Vie (ACV). Ce type d’initiative montre qu’il est possible de transformer les freins liés au triangle de l’inaction (manque de coordination, peur du changement, complexité perçue) en leviers puissants pour accélérer la transition écologique.
De nombreuses organisations ont compris que la transition ne repose pas seulement sur des objectifs globaux, mais aussi sur des actions individuelles dans son poste. Sensibiliser, former et accompagner les équipes à chaque niveau est une stratégie gagnante pour incorporer les enjeux environnementaux dans les priorités opérationnelles.
Faire face aux obstacles : développer une approche proactive
Surmonter les blocages, qu'ils soient individuels ou collectifs, nécessite de reconnaître les défis et de développer une résilience active. L'ampleur de la transition écologique peut générer un sentiment d’éco-anxiété ou d’impuissance. Or, le triangle de l'inaction se nourrit justement de cette immobilisation. Plutôt que de voir l'échec comme une impasse, il est crucial de le considérer comme une opportunité d'apprentissage. Expérimenter, ajuster ses actions et persévérer malgré les difficultés permet de briser ce cercle vicieux et de passer à l'action.
Et si tu passais à l’action aujourd’hui ?
Identifier sa zone de responsabilité est un pas crucial vers une transition écologique durable. Cela peut commencer par de petits gestes au quotidien, mais aussi par des initiatives plus structurées dans ton environnement professionnel. Réfléchir à des actions concrètes dans ton métier, sensibiliser tes collègues ou proposer des idées nouvelles peut faire une réelle différence.
Pour aller plus loin, des ressources existent pour te guider dans cette transition. Les formations métier à la transition écologique permettent de repenser ses pratiques professionnelles. Des études sur la transition écologique dans les métiers peuvent également fournir des pistes pour transformer ton poste et ton secteur. Chaque initiative, si modeste soit-elle, contribue à briser le cercle de l’inaction et à construire des solutions durables.
Rédigé par Silvia Basile et Alexandre Moiny.